Cameroun
SACO appuie un groupe qui lutte contre les violences faites aux femmes
par Marquita Riel juillet 2006
Le Cameroun, république laïque d’Afrique centrale, entrera en élections en l’an 2007. Déjà une loi sur la décentralisation des centres de décision a été votée par le Parlement. Il reste à en voter la mise en application, ce que toute la population espère sera fait avant les élections. C’est dans ce contexte que prend place l’intervention de SACO.
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Marquita Riel (centre, avant) avec des partenaires du Projet dans l’Extrême Nord du Cameroun
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Son objectif est double : d’une part, accroître la participation des jeunes et des femmes à la gestion des municipalités, et par conséquent au processus électoral en en inscrivant le plus grand nombre possible sur les listes électorales; d’autre part, accroître les mises en candidatures de membres de ces deux groupes qui, jusqu’ici ont été peu entendus, étant donné le caractère traditionnel dans lequel baigne la société camerounaise, caractère qui favorise les hommes et les aînés.
Dans ce contexte, nous avons travaillé avec deux groupes de femmes de la région de l’Extrême Nord. C’est une région ou l’Islamisme est prédominant et où le sort des femmes est extrêmement pénible : on y retrouve polygamie, mariages forcés des mineures, excision, sororat, lévirat, sous scolarisation des femmes, tout cela dans un contexte de pauvreté extrême.
Les femmes partenaires du Projet sont des leaders d’associations féminines de village ou de tribus ou des membres des partis politiques existants. Elles étaient une trentaine. Elles avaient été recrutées par l’Antenne Nord de l’ALVF, Association de Lutte contre la Violence faite aux Femmes. C’est avec les membres de cette association, en existence depuis une dizaine d’années, que nous avons mené notre action. Elles nous ont piloté dans toute la région et nous ont fourni l’information nécessaire à une action efficace.
Notre travail a consisté à élaborer et donner aux femmes leaders ainsi qu’aux membres de l’ALVF, une formation destinée à augmenter leurs connaissances et leurs habiletés dans les domaines de la plaidoirie et du lobbying.
La première étape de notre travail, faite en étroite collaboration avec les deux directrices de l’ALVF, a donc consisté en l’élaboration d’une session genre sensible afin de conscientiser et habiliter les femmes aux mécanismes d’une plus grande participation au processus politique. Cette session comprend deux volets :
Un premier volet théorique, porte sur trois aspects fondamentaux de la situation des femmes :
- les droits civiques des femmes tels qu’inscrits dans la Constitution du pays,
- les études de genre qui départagent ce qui est biologique de ce qui est culturel dans la définition de la femme;
- les différents moyens d’action politique à la portée des femmes, dont la plaidoirie et le lobbying.
Un deuxième volet pratique, vise à instrumenter ces femmes tant dans l’art de la plaidoirie que dans les démarches concrètes de lobbying.
En préalable à l’instrumentation pratique, nous avons pour chacun des deux groupes rencontrés, constitué ce qu’on a appelé une plateforme électorale, c’est-à-dire une prise de position consensuelle sur les trois principales revendications politiques à mettre de l’avant dans les futures démarches de plaidoirie et de lobbying. Les plateformes émergeantes dans les deux groupes se sont avérées très semblables.
On y retrouve la question de la sous scolarisation des filles et celle de la faible représentation des femmes dans les instances de décision locale. Un seul item de la plateforme électorale diffère d’un groupe à l’autre : à Maroua on a insisté sur l’éradication des pratiques néfastes tandis qu’à Kousseri, on a mis l’accent plutôt sur la lutte à la pauvreté : manque financier des associations féminines et lutte pour les droits fonciers de la femme.
La plateforme électorale étant constituée, les femmes se sont ensuite exercées à l’argumentation et au plaidoyer. Cela s’est fait au moyen de jeux de rôles. En ce qui concerne le lobbying, nous les avons munies d’une fiche guide sur laquelle elles doivent consigner par écrit différents éléments de la démarche tels : le choix de la cible, l’item de la plateforme choisie, les arguments utilisés, les contre arguments rencontrés et leur propre évaluation de l’effet produit.
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Marquita Riel avec des partenaires du Projet au Cameroun |
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Finalement, afin que cette formation ne reste pas lettre morte, nous avons constitué les deux groupes en réseau d’aide ayant chacun un comité exécutif chargé d’effectuer différentes tâches, telles que recherche de fonds, formations diverses, réunions périodiques, suivi téléphonique, etc. Nous sommes restés en contact avec l’Association qui a parrainé cette activité de formation.
Aux dernières nouvelles, il y a eu une journée de retour sur le lobbying, tel que prévue à l’agenda du groupe de Maroua et le Comité exécutif de ce groupe s’est réuni une fois. Il y a aussi eu une formation donnée à des membres des deux groupes sur le fonctionnement des conseils municipaux. Cela aussi était prévu à l’agenda. On m’assure aussi qu’un suivi téléphonique sur les démarches de lobbying est toujours en vigueur.
En conclusion, l’accroissement du rôle des femmes dans la vie politique de leur pays n’est nulle part une cause gagnée et parachevée. Cependant, le cas du Cameroun, et en particulier de la région de l’Extrême Nord, se démarque tant du fait de la culture traditionnelle, farouchement opposée à l’émancipation des femmes que de celui de la condition d’extrême pauvreté dans laquelle vit la majeure partie de la population. Dans un tel contexte, il devient impératif pour les femmes de faire entendre leur voix dans les instances locales et nationales de décision pour que les questions les concernant soit reconnues, prises en compte et influent sur les choix politiques et économiques des décideurs.
Mais les femmes camerounaises, en particulier celles de l’Extrême Nord, partent de loin : la seule prise de parole publique est un pas énorme que peu osent franchir et celles qui le font ont besoin d’être soutenues, ce que ni leur famille, ni leur tribu, ni leur religion peuvent faire.
C’est pourquoi, à la formation en plaidoirie et lobbying qu’il nous était demandé de donner, nous avons cru bon d’ajouter en préalable la constitution d’une plateforme électorale commune et en conclusion la constitution de réseaux d’entraide pour renforcer les femmes qui s’engagent sur la place publique. Je crois que la clé du succès de notre mission réside dans notre capacité de continuer, non seulement à donner des formations diverses mais à épauler les deux réseaux mis en place qui, à leur tour, soutiennent les femmes courageuses qui osent prendre des risques pour changer leur condition et celles de leurs concitoyennes.
Marquita Riel a enseigné à l'Université du Québec à Montréal pendant 35 ans dans le programme de Relations humaines. Elle a successivement été directrice de ce programme, puis vice-doyenne de la Famille Lettres et Communication et finalement Doyenne de la Faculté des Lettres, langues et communication. Elle est à la retraite depuis deux ans et elle est maintenant conseillère volontaire de SACO.
Archives:
mars 2006 : Projet Canada-Cameroun visant à promouvoir l’engagement du public à la gouvernance locale
Projet de renforcement de la participation de la population à la gouvernance locale : Des conseillers volontaires au Cameroun, Réseaux - novembre-décembre 2006 (Voir le document en format PDF)
Pour de plus amples informations, veuillez contacter:
SACO: Apollinaire Ihaza Gestionnaire de programmes, Afrique (apollinaire@saco-ceso.com) Tél. 514-875-7226, poste 105
Canada25: Andrew Medd Directeur Exécutif, Canada25 (amedd@canada25.com) Tél. 604-675-7371, 416-230-7595 (cellulaire)
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